Dimanche 24 janvier

Je vois là-bas un être sans tête qui grimpe à une perche sans fin.
Tandis que je me promène, tentant de me délasser, d’atteindre ce fond de délassement qu’il est si difficile d’atteindre, qu’il est improbable, quoique ayant tellement soupiré après, que je l’atteigne jamais, tandis que je me promène, je le sais là, je le sens, qui infatigablement (oh non il est terriblement fatigué), qui incessamment grimpe, et s’en va grimpant sur son terrible chemin vertical.
Souvent il me paraît comme un amas de loques, où se trahissent deux bras, une sorte de jambe, et ce monstre qui devrait tomber de par sa position même (car elle n’a rien d’une position d’équilibre) et plus encore par l’incessation de son dur exercice, grimpe toujours.

Pourtant de cette montée aussi je dois douter, car il échappe assez souvent à mon attention, à cause des soucis de toutes sortes que la vie a toujours su me présenter et je me demande lorsque je le revois, les repères manquant complètement, s’il est plus haut ou, si loin d’avoir accompli des progrès, il ne serait pas plus bas.
Parfois je le vois comme un vrai fou, presque sans appui, grotesquement écarté le plus possible de cette perche qu’il hait peut-être et il y aurait de quoi, encore que l’espace lui doive être plus haïssable encore.

Henri Michaux, A une perche sans fin

Dado, Retz, 1992, huile sur carton

Samedi 23 janvier

« Leur nombre va diminuant, chaque jour, devant les coups que leur portent les hommes, directement, par le meurtre, ou indirectement, par la destruction de leurs territoires et de leurs mondes. Chaque animal qui disparaît emporte avec lui un secret, et quand c’est toute une espèce qui s’en va, un mot de passe est perdu. [ …]. Oh, il ne s’agit pas de vos gigots, mais de quelque chose de beaucoup plus précieux, de beaucoup plus étrange, de beaucoup plus ancien, une histoire de museau et de griffes, pleine de sang et de douceur, une histoire que vous ne comprenez plus, la regardant parfois, comme dans un album, et la laissant tomber pour en revenir à vos petites affaires, comme si elles étaient tellement plus nobles. »

Jean-Christophe Bailly

Le Douanier Rousseau, La Bohémienne endormie, 1897

Samedi 16 janvier

Un art

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ;
tant de choses semblent si pleines d’envie
d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.

Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre
tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

Puis entraîne toi, va plus vite, il faut étendre
tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis
le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.

J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière
ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie !
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui,
dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître
même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre.

Elizabeth Bishop, Géographie III
Traduction de Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard, Circé, 1991

Jeudi 7 janvier

La neige s’annonce en moi par un froid interne, un frisson venu de mon squelette, de l’intérieur de mes os dont le blanc semble reconnaître celui qui se prépare à tomber du ciel.


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Caspar David Friedrich, Arbres et arbustes sous la neige

Mercredi 30 décembre

« Une curée dont personne ne voit la fin »

Le Monde diplomatique

Retour sur « Les Versets sataniques »
La fatwa prononcée en 1989 par l’imam Rouhollah Khomeiny contre Salman Rushdie a transformé « Les Versets sataniques » en un objet de scandale dont on continue de discuter sans l’avoir lu. Or, si cette œuvre de sept cents pages, qui mêle aventures vécues et rêvées, a été jugée blasphématoire, c’est simplement, estime l’écrivain Laurent Binet, parce qu’un bon roman est le contraire d’un texte sacré.

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Francesco Arena. – « Portrait avec Khomeiny », 2008
© Francesco Arena


Le monde a basculé, mais quand ? Pas le 11 septembre 2001, comme on a pu le croire : à ce moment-là, tout était sans doute déjà joué. Dans Le Naufrage des civilisations (1), Amin Maalouf fait remonter ce qu’il nomme le « grand retournement » à 1979, et il faut bien reconnaître que cette hypothèse ne manque pas d’arguments : élection de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, révolution iranienne, début des réformes de Deng Xiaoping — qui vont entraîner la Chine dans l’économie de marché —, occupation de l’Afghanistan par les troupes soviétiques, prise d’otages sanglante à la Grande Mosquée de La Mecque par des fondamentalistes saoudiens et égyptiens. La succession rapprochée de ces événements dessine et annonce le monde remodelé tel qu’on le connaît aujourd’hui : envol de la mondialisation néolibérale ; épuisement de l’option communiste ; surgissement de l’islam politique. Indéniablement, le monde bifurque en 1979.

Néanmoins, il lui faudra encore dix ans pour atteindre son point de non-retour. En 1989, chacun comprend immédiatement le moment historique que constitue la chute du mur de Berlin. Mais 1989 est aussi l’année d’un autre événement d’une portée incalculable, dont personne alors ne prend réellement la mesure. La fatwa prononcée par l’imam Rouhollah Khomeiny contre Salman Rushdie, pour son roman Les Versets sataniques, réinstaure le délit de blasphème à l’échelle mondiale, et la sentence est la mort. Je me souviens, à l’époque, de la stupéfaction et de la condamnation générales. Mais ce que nous avions pris alors pour une monstruosité anachronique était en fait une digue qui venait d’exploser. Seuls les esprits les plus clairvoyants saisirent les implications du scandale qui se déroulait sous nos yeux, faisant preuve d’une prescience d’autant plus remarquable que le reste du monde, rapidement oublieux, se révélait finalement moins indigné qu’embarrassé (2). « Une curée dont personne ne voit la fin », écrivait Milan Kundera… en 1993 (3).

Rushdie, Charlie, Samuel Paty. Kundera ne croyait pas si bien dire. Un roman, des dessins, un cours pour des collégiens. Le choc, le combat, la défaite. Tout le monde connaît les caricatures, et ce qu’on leur reproche : vulgarité, provocation inutile, huile sur le feu, manque de respect, immaturité irresponsable, racisme, et bien sûr islamophobie (4). Jusqu’aux arguments les plus étranges : il faudrait comprendre la « blessure morale » infligée aux musulmans qui entretiennent une « relation affective avec Mahomet » (5).

Roman devenu pièce à conviction
Mais, comme toujours, les coups qui portèrent le plus furent ceux qui venaient d’où l’on s’y attendait le moins : ainsi Umberto Eco déclara-t-il qu’il était « impoli » de caricaturer Mahomet. Prise de position étonnante de la part de l’auteur du Nom de la rose, dans la mesure où le grand roman de l’écrivain italien est tout entier une condamnation du fanatisme religieux et, précisément, de la censure : au XIVe siècle, des moines s’entretuent dans un monastère pour empêcher la diffusion d’un livre d’Aristote qui fait la promotion du rire, jugé diabolique. L’adaptation de Jean-Jacques Annaud (approuvée par Eco) allait jusqu’à montrer le personnage joué par Sean Connery, Guillaume de Baskerville, s’extasiant devant des enluminures qui représentaient un âne enseignant les Évangiles aux évêques, le pape en renard et l’abbé en singe : en somme… des caricatures. L’argument d’Eco, pour justifier cette apparente contradiction, était le suivant : « Un principe moral veut que l’on évite de heurter la sensibilité religieuse d’autrui. (…) Si j’étais Charlie, je n’irais pas me moquer de la sensibilité musulmane ou chrétienne (ni même de celle des bouddhistes) (6). »

Il y aurait beaucoup à dire de cette rhétorique bancale qui réduit les possibilités de critiquer les religions à pas grand-chose, mais enfin, acceptons un instant le principe de la contestation interne : seuls les catholiques auraient le droit de se moquer des catholiques, les protestants des protestants, etc. Eh bien, force est de constater que, dans le cas de Rushdie, issu d’une famille indienne musulmane, cette règle tacite n’aura pas suffi à lui éviter les problèmes. (Eco semblait avoir curieusement oublié que le facteur interne, en cas de « blasphème », était plutôt une circonstance aggravante.) Cet argument se révélant inopérant, qu’en est-il des autres griefs ? Rushdie a-t-il été « impoli », « vulgaire », « irrespectueux », « irresponsable » ? Comment savoir ? Tout le monde a vu les caricatures, mais qui a lu les sept cents pages des Versets sataniques ? D’après Kundera (qui exagère un peu), personne. Dans Les Testaments trahis, l’écrivain franco-tchèque explique comment le scandale tua le roman, en le réduisant à une pièce à conviction dont ses défenseurs ne se donnèrent pas la peine de prendre connaissance. Or de quoi s’agit-il ?

C’est l’histoire de Gibreel, célèbre acteur de Bollywood, dont l’avion explose en vol, et qui tombe dans les airs en compagnie de Saladin, un Indien vivant à Londres, avec qui il discute, chante des chansons et se dispute. Miraculeusement, les deux hommes se posent sans dommage sur une plage anglaise. Et tandis que nous suivons les mésaventures de Saladin, qui entame une lente métamorphose en bouc méphistophélique et doit se cacher au sein d’une communauté indienne qu’il avait toujours voulu fuir, Gibreel rêve. Il rêve qu’il est l’ange Gabriel sur sa montagne, mais qu’il ne sait pas quoi dire quand Mahomet vient recueillir auprès de lui la parole de Dieu. Ainsi, lorsque le Prophète lui demande s’il doit accepter, comme les autorités locales lui en ont fait la requête, de conserver dans la nouvelle religion d’Allah trois déesses issues de leur panthéon, auxquelles on accorderait le rang de divinités secondaires, Gabriel/Gibreel, perplexe, incertain, répond d’abord par l’affirmative, avant de se raviser lors d’une rencontre ultérieure, expliquant à Mahomet que Satan avait momentanément pris l’apparence de l’ange pour lui souffler cette idée impie.

La mention de cette hésitation, telle que la rapporte Rushdie, ou de cette tromperie, est connue depuis 1860 sous l’appellation « versets sataniques ». Dans la suite du roman, un libelliste païen, fuyant les représailles des adeptes de Mahomet, se réfugie dans un bordel où il renomme les prostituées du nom de chacune des douze femmes du prophète. Voici en substance, au milieu de mille aventures dont on ne sait jamais très bien si elles sont vécues ou rêvées, les deux points problématiques qui justifièrent la fameuse fatwa. Il n’y a de dieu que Dieu, et on ne plaisante pas avec Mahomet. Fin de la discussion.

Personne, donc, pour voir que ce roman d’une richesse infinie était une splendide réécriture du Maître et Marguerite et comme une longue conversation avec Mikhaïl Boulgakov. Personne pour commenter sa filiation avec le réalisme magique de Gabriel García Márquez. Personne pour signaler les clins d’œil à Samuel Richardson (l’un des personnages s’appelle Pamela Lovelace), l’influence de Martin Amis dans les scènes de la vie moderne londonienne ou même (à part Kundera) la beauté flaubertienne — le Flaubert de Salaambô — des passages consacrés à la geste de Mahomet. Il n’y a de dieu que Dieu, ont dit ceux qui ne lisent qu’un seul livre, puis la terreur qui s’est abattue sur le roman et tous ceux qui s’en approchaient (7) a suffi pour étouffer tout commentaire littéraire. Les seules questions furent des questions d’édition : fallait-il le publier ? Fallait-il le retirer ? Et, plus tard : fallait-il le publier en poche, au risque de relancer la machine infernale (8) ? L’un des plus beaux romans de la fin du XXe siècle ne sera jamais au programme de littérature comparée de l’agrégation. Rushdie n’aura jamais le prix Nobel (9). L’idée, naturelle, logique en d’autres circonstances, paraît presque incongrue, tant la menace est aujourd’hui intégrée, acquise. Et pourquoi ? Pour de telles peccadilles, vraiment ?

Un bon roman est le contraire d’un texte sacré. Sa caractéristique principale est l’indécidabilité ; la suspension d’incrédulité qu’il exige du lecteur est un simple contrat, que celui-ci peut rompre à tout moment. Le roman se sait fiction. Le texte sacré se veut vérité. Profane, antidogmatique, le roman est blasphématoire par essence. « Avec Les Versets sataniques, c’est donc l’art du roman en tant que tel qui est incriminé (10). » On peut croire qu’il s’agit d’un enjeu mineur. On peut battre en retraite comme Guillaume de Baskerville, qui, lorsque ses propos commencent à sentir le fagot, effectue un prudent repli tactique : « Je vous demande pardon, vénérable Jorge, dit-il. Ma bouche a trahi mes pensées, je ne voulais pas vous manquer de respect. Sans doute ce que vous dites est juste, et j’étais dans l’erreur (11). » Mais Guillaume sait très bien que ces abjurations humiliantes (12) n’augurent rien de bon, car le droit au blasphème n’est pas étranger à la liberté d’expression, ni à la liberté tout court : il en est la condition préalable. Alors on peut aussi, calmement, méthodiquement, sans alimenter aucun choc des civilisations, sans poursuivre le match millénaire de l’Orient et de l’Occident, essayer de briser cet étau mortel, tout en déjouant les pièges de la stigmatisation et de la discrimination raciale.

D’abord, déterritorialiser la question. Il y aurait une religiosité consubstantielle aux pays musulmans ? Rien n’est moins vrai, selon Maalouf, à qui il suffit de puiser dans l’histoire récente ces quelques exemples (13) : Mohammad Mossadegh en Iran, qui gouvernait avec les communistes avant d’être renversé par les États-Unis ; Gamal Abdel Nasser en Égypte, le héros du monde arabe, qui fut le pire ennemi des Frères musulmans ; Yasser Arafat, qui menait seul la résistance palestinienne avant d’être débordé par le Hamas ; auxquels on pourrait ajouter la Turquie de Mustafa Kemal, où les lois contre le voile islamique étaient beaucoup plus strictes qu’en France puisqu’il fut interdit à l’université jusqu’en 2008. Maalouf rappelle également que, avant d’être le premier pays musulman du monde en nombre d’habitants, l’Indonésie avait été le troisième pays communiste, derrière l’Union soviétique et la Chine, en nombre d’adhérents (jusqu’à leur extermination massive). À l’inverse, on a vu récemment qui était des plus favorables au rétablissement du délit de blasphème, après l’assassinat de Paty : l’archevêque de Toulouse, celui d’Albi… Parmi les plus acharnés contempteurs de Rushdie se comptaient l’archevêque de Canterbury et celui de New York, ainsi que le grand rabbin d’Angleterre. On se souvient aussi des déclarations incroyables du pape François après les attentats contre Charlie Hebdo (14). Sans surprise, Jean Paul II avait fermement condamné Les Versets sataniques.

Ensuite, historiciser. (Mais combien de temps avant que le travail des historiens soit considéré comme blasphématoire ?) Les religions ont une histoire, les textes sacrés aussi : on sait qu’ils ne descendent pas du ciel. Il y a eu environ dix mille religions depuis l’aube de l’humanité. Les dieux d’aujourd’hui finiront dans les bibliothèques de demain. Interdire la représentation d’une figure sacrée (puisque c’est le premier motif qui fut invoqué contre les caricatures de Charlie Hebdo, indépendamment même de l’intention satirique) ne répond à aucun impératif moral : ce n’est rien de plus qu’une coutume (d’ailleurs diversement respectée au fil des siècles).

Et enfin, désacraliser : c’est le rôle de la satire et du roman. La satire rappelle que les religions sont le plus souvent des instruments de légitimation d’idéologies ultraréactionnaires (15) qui font reposer leur autorité sur des injonctions arbitraires. Quant au roman, en proposant sa vision profane du monde, il contrecarre inévitablement la lecture dogmatique qu’en font les religions révélées. Le roman n’impose rien. Il réfute toute forme d’injonction et ne propose que des visions du monde complexes, ambiguës, équivoques. Qui a tort ? Qui a raison ? Le roman se garde bien de trancher. Le résultat est qu’on ne tue pas au nom de Rabelais. On ne tue pas au nom de Rushdie.

Les caricatures étaient certes des provocations (et c’était bien leur droit), mais, en l’occurrence, elles n’étaient pas « gratuites », car elles étaient postérieures à la fatwa. D’une certaine manière, Paty est mort pour que vive la satire. Charb, Cabu, Wolinski et leurs amis sont morts pour que vive Rushdie. Rushdie est encore vivant, mais, tout au long de ces trente-deux ans, au cours desquels Hitoshi Igarashi, son traducteur japonais, fut assassiné, son traducteur italien poignardé et son éditeur norvégien atteint de trois balles (ces deux-là survécurent), la prime pour son assassinat n’a cessé d’augmenter. La dernière augmentation remonte à 2016.

Laurent Binet

Écrivain. Dernier roman paru : Civilizations, Grasset, Paris, 2019.

(1) Amin Maalouf, Le Naufrage des civilisations, Grasset, Paris, 2019.

(2) Le 20 février 1989, les douze pays de la Communauté économique européenne rappelaient leurs ambassadeurs d’Iran. Le 20 mars, ils autorisaient leur retour à Téhéran.

(3) Milan Kundera, Les Testaments trahis, Gallimard, Paris, 1993.

(4) De 2005 à 2015, les « unes » de Charlie Hebdo consacrées exclusivement à l’islam représentent moins de 1,5 % du total (sept, contre vingt et une consacrées uniquement au catholicisme).

(5) Sonya Faure, « Saba Mahmood : “Il faut comprendre l’injure morale” », Libération, Paris, 18 janvier 2016.

(6) Umberto Eco, « Da “Maus” a “Charlie” », L’Espresso, Rome, 12 juin 2015.

(7) La condamnation à mort prononcée par Khomeiny le 14 février 1989 ne concernait pas que l’auteur du livre, mais « aussi bien ceux qui l’ont publié ou ont connaissance de son contenu ».

(8) L’édition de poche anglaise mettra huit ans à voir le jour.

(9) Il a fallu vingt-sept ans à l’Académie du Nobel pour condamner officiellement la fatwa, le 24 mars 2016.

(10) Milan Kundera, Les Testaments trahis, op. cit.

(11) Umberto Eco, Le Nom de la rose, Grasset, 1982.

(12) Abjurations à la tentation desquelles Rushdie succomba lui aussi un temps en prétendant avoir redécouvert la foi, dans l’espoir de faire lever sa condamnation à mort — sans aucun résultat probant, puisqu’on lui opposa qu’une fatwa ne pouvait être annulée.

(13) Amin Maalouf, Le Naufrage des civilisations, op. cit.

(14) « Si vous insultez ma mère, attendez-vous à recevoir un coup de poing. »

(15) Incompatibles, au passage, avec les luttes intersectionnelles, dont elles ruinent la crédibilité : comment des mouvements féministes ou LGBT+ peuvent-ils frayer avec des idéologies imprégnées de sexisme et d’homophobie ? C’est une quadrature du cercle que personne n’est encore parvenu à résoudre.

Jeudi 24 décembre

« Je dis souvent- mais c’est un appel plutôt qu’une affirmation- que pour lutter contre la transparence généralisée, et totalitaire, que les médias installent sous la forme du consensus, il ne nous reste que l’opacité du poème. Pourquoi? Parce que l’obscur est inconsommable! »

Bernard Noël

John Virtue, The sea, 2011-2013

Vendredi 18 décembre


Parler toujours, dire parfois mais parler encore
Parler comme ça vient, parler comme ça va
Surtout ne pas communiquer
Parler parce que c’est toi, parce que c’est moi, se griser de mots contre le silence de métal et la langue morte des robots
Faire ce qu’ils ne feront jamais
Bavarder

Paul Gauguin, Les Parau Parau (paroles, paroles) ou Les potins, 1894