Samedi 30 octobre

Et, du coup, j’ai mis le masque sous le menton…

« Du coup », nouveau tic de langage à grand succès qui me fait craindre à chaque fois le torticolis.
Et, du coup, j’ai oublié de parler de la girafe, qui pour le cou et, bien que muette, sait de quoi elle cause.
Et du lapin, qui, du coup, a toujours mal à la nuque.

Parmigianino, La vierge au long cou, 1534-1535

Jeudi 29 octobre

On devrait pouvoir communiquer aujourd’hui avec seulement deux expressions: « c’est cool! » et « c’est chaud! ».
Un vocabulaire de robinet mitigeur.

Daniel Spoerri, La douche, 1961. De la série : Détrompe-l’oeil
Assemblage d’un robinet et d’un tuyau de douche fixés sur une peinture représentant un paysage alpin signé Morny.

Mercredi 28 octobre

Mon coiffeur est très rébarbatif et c’est bien ce que je lui demande.

Le Norvégien Hans Langseth, titulaire du record du monde de la plus longue barbe (5,33 m en 1927) qui était rousse, photographié en 1912

Lundi 26 octobre

Bas les masques!
Les lunettes noires, les fausses dents, le crâne luisant, la voix contrefaite et cette canne ridicule.
Je t’ai reconnu, tu es mon avenir.

De toute façon, le temps n’a pas de prise sur moi, je m’enduis d’huile d’olive.

Lorenzo Lippi, L’allégorie de la Simulation, 1650

Dimanche 24 octobre

Adadages

C’est au pied du mur qu’on voit le réfugié.

Quand le chas n’est pas là, le chameau ne sait où passer.

Il ne faut jamais remettre aux lendemains qui chantent ce
que tu peux crier le jour même.

Qui vole un œuf espère une autruche.

La clitorindienne fait flèche de tout doigt.


Yves Tanguy, Man Ray, Max Morise, André Breton,
Cadavre exquis, 1928

Samedi 24 octobre

Souvent, le silence, celui de l’attente, du désert, de la campagne autour mais aussi la plainte, les cris. Silence, on tombe.
La chute, pas seulement celle des corps mais aussi celle des paupières, des dos, des peaux transparentes.
Celle, manquante, de la phrase jamais terminée parce que le mot manque.
L’oubli, le mot qui fait défaut, puis la phrase et des pans entiers du langage s’écroulent sans fracas.
Restent les ruines du discours et, au milieu, préservés, l’humour, la fulgurance d’une réplique, un sursaut, un sourire: les dernières preuves de leur passage sur terre.

Yves KLEIN, Le Saut dans le vide, 23 octobre 1960

Vendredi 23 octobre
Morice Bénin chante Anne Sylvestre

J’aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer
J’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils nous semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté


J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons
J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas « comme il faut »
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot
Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n’avoir pas su dire:
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »


J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons
J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n’être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants
Ceux qui sans oriflamme
Et daltoniens de l’âme
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’histoire
Leur rende les honneurs


J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons
J’aime les gens qui doutent
Mais voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps
Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie:
« Merci d’avoir vécu
Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu »


Source : Musixmatch
Paroliers : Anne Sylvestre

Jeudi 22 octobre

Je parle avec madame C. atteinte de la maladie d’Alzheimer. Est-ce une discussion? Pas vraiment, un entretien? encore moins, un échange? à peine. Et pourtant, nous communiquons.
Je n’aime pas le terme de communication non verbale, la communication est toujours verbale chez l’être humain.
Nous nageons dans le Verbe toute notre vie, nous sommes parlés avant que d’être et encore après notre mort.
Un regard, un geste, un sourire, c’est de la parole, en tout cas de la pensée et les mots qui vont avec. C’est du sous-entendu, du bien ou mal entendu, du qui en dit long, du qui évoque ou qui équivoque.
Madame C. et moi, nous bavardons.

Henri Matisse, La conversation, 1911