Mercredi 11 décembre

« Surpris avec une jambe de jeune femme dans son assiette et poursuivi en conséquence pour cannibalisme, il prétendit devant le juge qu’il était en train de manger des cuisses de grenouilles et que la dernière avait soudainement pris cette forme au contact de ses lèvres. la jurisprudence parlait pour lui et il fut acquitté avec les félicitations du jury et des excuses de la cour. »

Eric Chevillard

 

L’aube prend tout son temps.
Se succèdent, l’aube astronomique, l’aube nautique et l’aube civile.
Ensuite l’aurore se pointe et le soleil se lève enfin.

La journée n’est pas du matin.

 

Ferdinand Hodler - Genfersee mit Mont-Blanc im Morgenrot - (MeisterDrucke-28607)
Ferdinand Hodler, Lac Léman avec Mont Blanc à l’aube

 

Mardi 10 décembre

« Il ne faut pas vendre la descente de lit avant d’avoir écrasé le tigre. »

Eric Chevillard

 

Une fourmi transporte un énorme brin d’herbe et se dirige tout droit vers la voie ferrée dans l’intention évidente de faire dérailler le train de marchandises qui approche. C’est ainsi que certaines fourmilières terroristes assurent le ravitaillement pour l’hiver.

Je n’ai pas hésité…

 

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Gustave Doré, La cigale et la fourmi

Lundi 9 décembre

« La plus profonde des substances, la plus miroitante, la plus précieuse des étoffes, la très-vivante matière dont nous sommes tissés, ce n’est ni la lymphe, ni le plasma de nos cellules, ni les nerfs de nos muscles, ni les fibres, ni l’eau ou le sang de nos organes, mais le langage.

La langue : l’autre chair. Nous sommes tressés par son architecture invisible, mus par le croisement et le combat des mots ; nous sommes nourris de leurs intrigues, de leurs jeux, de leurs dérives, pris dans leurs drames. Nous, les Terriens — nous les « Adam », les bonshommes de terre — nous sommes formés de langues tout autant que de tendons, de muscles et d’os. Nous sommes étayés, pétris, bâtis de langues, structurés par elles — quotidiennement modelés par la très vive philologie — chaque jour creusés par la combinatoire imprévue, l’histoire mouvante, la disparition et l’apparition des mots. Enfants du résonnement et de la raisonnance. Nés des amours et de la lutte des mots. «

Valère Novarina

Dimanche 8 décembre

« Je ne puis me nommer un initié. J’ai été un chercheur, et le suis encore, mais je ne cherche plus dans les astres et dans les livres. Je commence à entendre ce qui bruit dans mon propre sang. »

Hermann Hesse

 

A quoi rêvent les trains qui vont de gare en gare?
Envient-ils les sillages blancs des paquebots géants?
Délaissant leurs vieux rails rouillés pour des courses d’écume dans des océans enragés
Ils se réveillent soudain dans des gares immenses aux verrières illuminées

 

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Albert Marquet, Venise, le paquebot

Vendredi 6 décembre

La nuit blanche se levait lentement.
L’autre nuit, celle des autres, était déjà bien avancée. Une nuit ordinaire faite pour dormir, même pas noire, les lumières de la ville ont effacé le noir, l’ont repoussé, anéanti.
Trop nocturne, trop négative, la nuit n’est pas moderne, elle est l’archaïque par excellence. Le passé, la nuit des temps, n’intéressent plus personne.
Nous venons de ces ténèbres, elles terrorisaient nos ancêtres dans leur abri sous roche. Le feu les tenait à distance. Nous avons réussi à les tuer.

L’insomnie réveille-t-elle le souvenir de ces nuits préhistoriques?
Ne pas dormir c’est refuser le noir mais c’est surtout ne pas s’abandonner aux rêves.
Ne pas vouloir mourir à la veille, au jour, à l’activité. Maintenir ses pensées, ses obsessions, cultiver sa peine.
Fermer les yeux, c’est accepter un autre monde, un monde qui fascine les êtres humains depuis qu’ils rêvent.

 

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Marc chagall, La nuit de Saint-Paul

Jeudi 5 décembre

Mes yeux trouent la nuit et je finis par apercevoir deux cercles de lumière par lesquels filtre le jour suivant. Je m’empresse de recoudre les ouvertures au fil noir, je ne tiens pas à connaître l’avenir.

 

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George AULT, The moon

Mercredi 4 décembre

Sous les pavés la grève

Faire grève:
Amasser du sable pour construire une plage (voir grève sur le tas)

Avoir la grève:
Constater que des rouages grippés obligent à cesser toute activité.

Marche ou grève:
On peut très bien faire les deux.

Grève sauvage:
Plage naturelle battue par les vents de la contestation.

Faire la grève de la fin:
Refuser de terminer un travail. Par extension, lutter contre le chômage.

Piquet de grève:
Poteau planté sur une plage pouvant servir, à marée haute, de refuge à des travailleurs en détresse.

 

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Giuseppe Pellizza, Le Quart-Etat

Mardi 3 décembre

«On entendra ici, par « progrès de l’ignorance » moins la disparition de connaissances indispensables au sens où elle est habituellement déplorée (et assez souvent à juste titre) que le déclin régulier de l’intelligence critique, c’est à dire de cette aptitude fondamentale de l’homme à comprendre à la fois dans quel monde il est amené à vivre et à partir de quelles conditions la révolte contre ce monde est une nécessité morale.»

Jean-Claude Michéa

 

Là-bas un étang
Se ride sous la brise
Un vieux y pêche

 

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Camille Corot, Ville d’Avray