Vendredi 18 septembre

« Mono no aware, disent les Japonais pour désigner la poignante mélancolie des choses, leur beauté éphémère et précieuse, sitôt éprouvée, sitôt perdue. Sentiment qui naît de la chute des feuilles en automne, d’un être aimé qui disparaît au détour d’un chemin, de ce qui a fait votre bonheur et qu’on est forcé d’abandonner sans retour.»
Min Tran Huy


Lorsque j’étais enfant, les sauterelles volaient à chaque pas dans les champs, les grillons sortaient de leurs trous attirés par nos brins d’herbe, les hannetons nous frôlaient avec des airs d’hélicoptère.
Nous marchions dans la jungle, les insectes faisaient partie de notre vie.
Ils ont quasiment disparu, personne ne semble s’en émouvoir.

qi Baishi
Qi Baishi

Jeudi 17 septembre

Danser est une chose curieuse, il s’agit d’agiter plus ou moins en rythme diverses parties du corps.
Ce qui est extrêmement variable d’une personne à l’autre.
Il semble toutefois que le mécanique l’emporte souvent sur le vivant.

ob_45b34e_miro-danseuse-espagnole
Joan Miró, Danseuse espagnole

Jeudi 10 septembre

Ce vieux Robert est tombé, chute de vélo.
Il ne portait pas de casque mais un bob défraîchi sur lequel était inscrit:
« Cochonou un p’tit bout de chez nous ».
Sur le bitume, sont restés quelques lambeaux de peau.

Frank Vidal

Mercredi 9 septembre

Quelqu’un a lançé un bâton dans les roues du petit vélo qui tournait dans sa tête.
Il a chuté violemment alors qu’il dévalait l’hypothalamus.
Depuis, il ne sort guère du lobe occipital et se déplace en trottinette.

Dimanche 6 septembre

« Il fut un temps où je croyais qu’il suffisait de fermer les yeux ou d’ouvrir les livres pour voir des jardins qui tiennent sur l’ongle du petit doigt, des amours qui font vraiment dériver les continents, des époques qui dansent avec des singes bleus sur l’épaule, des mondes suspendus en crinoline de rumeur. C’était le temps où j’étais prête à croire qu’un surgissement du merveilleux dépendait presque d’un caprice de la paupière. »
Annie Le Brun

Man Ray.jpg
Man Ray, Les larmes de verre 1932-33

lundi 31 août

La rivière ne coule plus ou si peu, si lentement, que les poissons baillent d’ennui.
Elle étire son chagrin le long des rives indifférentes qu’elle caresse à peine.
Elle ne joue plus avec le vieux pont qui laisse ses piles s’entourer de branches inutiles et mourantes.
Le ciel de fin d’été s’y reflète, des nuages recueillent délicatement ses nénuphars et un coin de ciel bleu éclaire l’eau sombre.
Des ridules précèdent le vent, la rivière frémit, s’anime, elle est encore en vie.

Wang Yu, Dans l’eau, 2018 GALERIE LAZAREW De la chair mise à nue; c’est ce qui frappe à première vue dans le travail de l’artiste chinoise Wang Yu. De la chair à la fois très réelle, grâce à la technique remarquable mise au point en 2007 par l’artiste – un mélange acrylique qui donne du relief et de la texture, et très irréelle, de par la pureté immaculée de ces personnages, que l’on devine être des anges.

Dimanche 30 août

Rentrée à risque

Couloir de rentrée
(Astronautique) (Mécanique du vol) Zone de l’espace constituée de l’ensemble des trajectoires possibles pour la rentrée atmosphérique d’un engin spatial destiné à être récupéré.

Rentrée courte
(Astronautique) Rentrée atmosphérique suivant une trajectoire située au voisinage de la limite inférieure du couloir de rentrée, en dessous de laquelle un engin spatial est soumis à un échauffement pouvant conduire à sa destruction.

Rentrée longue
(Astronautique) Rentrée atmosphérique suivant une trajectoire située au voisinage de la limite supérieure du couloir de rentrée, au-dessus de laquelle un engin spatial risque de rebondir sur les couches denses de l’atmosphère.

Rentrée destructive
(Astronautique) Rentrée atmosphérique provoquant la destruction d’un véhicule spatial par la combinaison d’effets thermiques et mécaniques dus aux contraintes exercées sur le véhicule par l’atmosphère.

Rentrée planée
(Astronautique) Retour au sol d’un engin spatial dont la configuration aérodynamique crée une portance permettant une phase pilotée sans propulsion jusqu’à l’atterrissage.

Bonne rentrée !

Nicolas Poussin, Camille livre le maître d’école de Faléries à ses écoliers, 1637, Musée du Louvre

Dimanche 23 août

« La rentrée littéraire est ainsi définitivement passée en 2002 du registre bon enfant à celui d’une pesante farce à répétition, seulement comparable au beaujolais nouveau quant au mercantilisme et à la médiocrité du produit. »
Eric Naulleau

Aucune suite dans les idées.
Il avait beau longer studieusement les axones, franchir souplement les synapses, cocher des neurones innombrables derrière lui, semer de petits caillots et faire régulièrement le point dans les sillons du lobe frontal.
Toujours une idée fixe l’arrêtait, le déroutait et il repartait dans une autre direction.
Perdu dans un labyrinthe d’images, de mots et de souvenirs confus.
Sa machette s’émoussait à vouloir éclaircir les mystères de sa conscience.
Il pensait en pointillés…