Jeudi 13 septembre

« Nous portons le monde dans notre bouche en parlant. Il y a par le langage, une scène où il apparaît que la matière n’a plus aucun poids, qu’elle est vaincue. Il y a un théâtre hors lieu où par la parole la matière de la mort est brisée et ouverte. Il y a un endroit, où rien n’offre plus aucune résistance devant notre joie. Chaque mot, n’importe quel mot, le plus petit des mots, n’importe lequel, est le levier du monde. Chaque mot, le plus petit des mots, n’importe lequel, est le levier de tout. Il soulève la matière de la mort. La parole sur le monde: elle vient enlever son cadavre. »

Valère Novarina, Devant la parole

 

Je croise désormais les possesseurs de téléphones portables – les yeux rivés sur l’écran, l’air absent et les bras raccourcis – avec un mélange de compassion et de soulagement. J’ai la chance de bénéficier encore d’une vision périphérique et de ma liberté de mouvement.

Le pont, seul, comprend ce que la route dit à la rivière. Ses piles connaissent la fraîcheur de l’eau, son tablier sait la dureté du bitume.

 

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Hiroshige, Cinquante-trois Stations du Tōkaidō: Okazaki

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