Lundi 15 octobre

_Monsieur le maire, je porte à votre attention le fait que les clairs de lune ne sont plus à la hauteur de ce qu’ils étaient. De ma fenêtre, je ne vois plus rien briller, seulement des nuits noires de crime. C’est effrayant. Pouvez-vous intervenir pour que cesse ce scandale?

_Monsieur, je dois vous rappeler que c’est de votre plein gré que voici trois ans vous avez choisi de vous enterrer dans le jardin de la mairie pour protester contre la prolifération de taupes dans votre propriété. Je vous propose simplement de sortir de votre galerie.

_Maire, je reconnais bien là votre mauvaise foi, vous savez pertinemment que ce sont vos services municipaux qui ont badigeonné de noir les vitres de ma maison rendant mes jours plus noirs que vos nuits. Il s’agit comme vous ne pouvez le nier d’une sombre vengeance en réaction à mes révélations sur la réintroduction illégale de taupes d’origine slovène dans notre région.

_Monsieur, je suis au regret de citer le rapport médical vous concernant datant du jour précédant le creusement de votre galerie sous la pelouse municipale. Une banderole sur la façade de la mairie proclamait : «  les taupes ne seront jamais des modèles ! ».
Voici ce qu’écrivait le psychiatre : « Individu souffrant de paranoïa associé à une phobie portant singulièrement sur les talpidae. A priori peu de risque de comportement inadapté si rien ne vient réactiver cette phobie. Je propose toutefois une thérapie de groupe , cette pathologie étant extrêmement rare, je l’intégrerai au groupe des E.T.C. (Espions Timides Claustrophobes) du samedi matin. »
Je ne peux que vous demander d’accepter cette proposition de soins.

_M…, votre aveuglement me pousse à l’action, dés demain matin j’abattrai une taupe toutes les heures, (A la quatrième taupe, il sera exactement midi ; on peut être terroriste et avoir de l’humour) jusqu’à ce que vous reconnaissiez votre responsabilité dans la transformation de nos campagnes en gigantesque gruyère. En outre, je demande le regroupement de toutes les taupes sans terrier à La Souterraine dans la Creuse.

_ C’est l’escalade, mais j’accepte sans conditions votre ultimatum.

_Ce retour à la raison vous honore et pour la première fois, j’aperçois un rayon de lune, une éclaircie, le bout du tunnel dans le train-train de mes jours à l’ombre…

 

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Léon Cogniet, Les Drapeaux

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