Lundi 22 octobre

« L’étrange est la forme que prend le beau quand le beau est sans espérance. »

Antoine Volodine

 

Il lui fallait de nouveaux pieds. Il remplit donc ses chaussures avec quelques orteils, dix feront l’affaire, c’est la norme. Cinq à chaque pied, il est conformiste, deux gros, deux petits, les autres au milieu en vrac, on sait jamais comment ils s’appellent… Et le voilà doté de dix orteils, c’est amusant, dix touches blanches. A raccorder au reste du pied: tarses, métatarses, calcanéum, astragale, de jolis mots.

Des os habillés avec de la chair, de la peau et voilà deux bases solides, deux appuis sur lesquels il pourra compter les jours de grand vent, deux ancres plantés dans la terre. Des pieds à randonnées, à kilomètres, à suivre un chemin voire à le tracer; des pieds à trottoirs mais aussi à coucher des herbes, à écraser les pissenlits, à fouler les fourmis…

Des pieds beaux et agiles, chevillés aux jambes. Il les regarde, flambant neufs, mais ces jambes vieilles, ces tibias usés, ces genoux proéminents, ridicules… Il lui faut de nouvelles jambes.

 

Adolph_Menzel_Fuß_des_Künstlers_1876
Adolph von Menzel, le Pied de l’artiste

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