Samedi 9 mai

« Quoi qu’il en soit, je continue de considérer avec une certaine suspicion ceux qui savent les réponses aux questions qu’ils ne se sont pas posées. Quand c’est moi qu’on interroge, je réponds par des badinages qui veulent signifier que je suis indigne de ce dont on prétend m’entretenir. Peut-être n’y a-t-il d’ailleurs personne pour développer quelque sujet que ce soit. Je parle de l’habileté que je mets à esquiver les uns et les autres; j’ai toutes les raisons de penser que nombre de spécialistes emploient la leur à persuader qu’ils maîtrisent un tant soit peu ce qui leur échappe comme le sable d’une main ouverte. Il faut bien dire quelque chose, entend t-on souvent. Pour moi, je n’en vois pas la nécessité. La folie coule de nos bouches avec un degré d’alcool qui est d’un tord-boyaux. Les choses s’y déforment affreusement. Quand je parlerai dans la plus parfaite ignorance avec un air docte, il faudra me gronder en agitant l’index. »

Pierre Lafargue- Pour détacher un homme de sa peau

 

Zoom-insoumis2
Paul Rebeyrolle, Les Insoumis 2, lithographie, 2000

2 réflexions sur “

  1. parler est d’abord un exercice physique, et beaucoup de gens l’entendent ainsi, comme on peut lever de la fonte juste pour se souvenir qu’on a des biceps – sans trop savoir à quoi ils pourraient servir.

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