Vendredi 12 juin

« Cette tartelette n’est pas un gâteau mais une sorte de petit tourteau ayant l’apparence, et quelquefois le goût, de la tarte aux abricots ou aux quetsches; c’est pourquoi on lui a donné ce nom plutôt que celui de « tourtelette », que préféraient (et promouvaient auprès de l’Académie avec des arguments solides) quelques érudits de Perros-Guirec, qui est le port au large duquel sont pêchés ces petits crabes à la carapace très épaisse. Un régiment du Trégor qui a combattu sans poudre ni cartouches à Saint-Cast (11 septembre 1758) a utilisé ce jour-là dix mille de ces tartelettes comme projectile à main, avec un tel-à propos et une telle efficacité qu’en un quart d’heure il enfonça le centre ennemi et que les français remportèrent une victoire nette et peu disputée, de l’aveu même de l’infortuné général Thomas Bligh (fils de l’honorable Thomas Bligh) qui reçut coup sur coup deux tartelettes, dont l’une brisa son épée et l’autre tout espoir d’engendrer un autre Thomas Bligh, alors qu’il attendait l’issue de la bataille perchée sur une branche de son arbre dit généalogique (en fait, un pommier tiré du verger familial), amené tout exprès d’Irlande dans une caisse à oranger. cet arbre, abandonné sur la plage lors du rembarquement des débris de l’armée anglaise, fut longtemps exposé dans l’église de Saint-Cast et recouvert d’ex-voto, avant d’être détruit en 1924 par l’ardeur excessive avec laquelle s’y frotta une femme stérile échappée de l’asile de Dinard, qui pensait par ce moyen devenir grosse d’une quinzaine de tartelettes dont elle attendait la respectabilité bourgeoise qui, disait-elle, avec beaucoup d’amertume, lui avait toujours été refusée, quoique fille coiffée à la mode de Carhaix, large de hanches, possédant deux châles de Pondichéry et belle assez. »

Pierre Lafargue – AVENTURES – Editions vagabonde

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WAR – Base Sous-Marins de Lorient 2013 // photo avril 2015 @vidos – street-art-avenue

3 réflexions sur “

  1. Il se racontent dans l’outremanche que le bois du lit mortuaire de Thomas Bligh portait ces mots : « Tartelette m’a tuer » écrit en bon (?) français ; d’autres expliquent que c’est faux et qu’en vrai, il y été écrit (faute d’une attention suffisante de la part de Thomas Bligh sur les nomenclatures françaises de la faune marine lors de ses études à Oxbridge) « Homard m’a tuer ».

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