Lundi 22 juin

Agenda ironique de juin
proposé par Laurence Délis, Palettes d’expression
https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/06/02/agenda-ironique-de-juin/



« Il venait de se passer tant de choses bizarres, qu’elle en arrivait à penser que fort peu de choses étaient vraiment impossibles »
Lewis Carroll

M.C.Escher

A l’impossible, nul n’était nu

« L’été, la nuit, les bruits sont en fête » et même le glissement sensuel d’une sangsue sans dessus ni dessous descendant le sentier sinueux de la sierra Santa Susanna se perçoit.
(la sangsue est un animal trop peu reconnu dans les romans et autres fables, j’espère la réhabiliter un tant soit peu. Celle-ci se nomme Hirudinea, Anne-So pour les intimes.)
« Bon sang, je suis super en retard » s’écrie t-elle soudain, « Que va penser le lapin blanc que je dois saigner à seize heures douze? »
« J’ai la solution, l’escalier d’Escher! »
L’escalier à tout faire, sens dessus dessous, une échelle à manier sans escale à tord et à travers le plafond.
Une transparence folle et logique à la fois, un lieu où nul n’est tenu et tombe dans le vide des possibles, où chacun trompe l’œil de l’autre sous le regard éteint de poissons ailés bicolores.
Un univers de faux semblants, attirant de biens réelles interrogations.
Sang blanc! Revoilà Hirudinea, en alerte et toutes dents dehors car le lapin d’Alice a l’heur d’être au rendez-vous.
Et puis, tout bascule, le chat du Cheshire sachant sourire se lance à la poursuite d’Anne-So qui, suant sang et eau, se réfugie dans le chef du chapelier fou.
Nous étions pourtant prévenus, c’est toujours plus compliqué que ça.
Les nuages sont en réalité très lourds et les enclumes se sont envolées. En avez-vous vu récemment?
Parenthèse: Avec une densité d’eau d’environ 0,5g/m³ un nuage de 100 km³ peut peser jusqu’à 500.000.000 kg.
C’est dire si nous sommes héroïques, allongés sur nos bains de soleil, ignorant crânement la ouate qui se forme au-dessus de nos fronts de mer. Fin de la parenthèse qui, vous le noterez, se referme sans bruit. Je l’ai huilée ce matin.
Bref, tout cela n’inquiète personne, le parapluie de monsieur Hulot se déploie au-dessus de la machine à coudre de Denis Papin sur une table de dissection et, bien entendu, vous trouvez cela naturel. Et cela l’est, en effet, il s’agit seulement de notre volonté de l’écrire.
Quoi d’autre?
Chercherons-nous un sens au risque de tomber en panne d’imaginaire?
Au risque de figer notre précieuse pensée dans un réel de grande randonnée bien balisé?
Le rouge et le blanc ne nous siéent point, pas plus que la sotte scie de la censure tout juste bonne à débiter des animaleries et des planches de brouette.
Tiens! la voilà, celle qui va m’éviter de tourner en barrique, mais qui ne nous évitera pas la chute.
Elle nous portera, n’en doutons pas, une oreille attentive que la sangsue s’empressera de vider de toutes confidences.

Le Chat du Cheshire par John Tenniel (1865)

Une réflexion sur “

  1. On entre dans le récit comme Alice de l’autre côté du miroir, c’est dire si le bizarre qui se joue de l’impossible a sa place ici ! 🙂
    Et puis si c’est l’occasion de réhabiliter la sangsue dans les contes, je ne peux que m’incliner.
    Bravo et merci pour cette participation, Jean-pierre.

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