Vendredi 13 novemebre

Ils ne l’avaient pas bien cherché…

Ils étaient au Stade de France à Saint-Denis. Ils étaient attablés en terrasse à Paris. Ils étaient dans une salle de concert au Bataclan.
Ils ne l’avaient pas bien cherché…
Le 13 novembre 2015, dans la soirée, des attaques terroristes islamistes avaient lieu en simultané dans différents lieux de la région parisienne. Le must de la terreur pour les commandos de l’État islamique : 130 personnes décédées en une soirée, au moins 350 blessées. Le 13 novembre, la France connaissait la plus lourde attaque terroriste de son histoire, lors d’une année 2015 qui avait notamment commencé par la tuerie que l’on sait au sein de notre journal.
Qui lui, selon certains, l’avait bien cherché…
Janvier 2015 – Novembre 2015. Un massacre perpétré au prétexte de « venger le prophète » pour l’un, et pour l’autre ? Au nom de quel courroux, quelle colère, quelle « stigmatisation insupportable », les tueurs du 13 novembre ont-ils agi ? La question devrait être vertigineuse pour tous ceux qui cherchent à comprendre le rapport de cause à effet entre un acte, l’écriture d’un texte, un dessin, un cours sur la liberté d’expression… et la réaction quelque peu disproportionnée des islamistes.

On s’explique : on outrage le prophète, on meurt. Pour certains – qui ne vont pas jusqu’à justifier les tirs de kalachnikov ou le crissement du couteau sur la gorge que l’on tranche – il y a bien lien de causalité. Cela va de la rengaine la plus débile (« vous l’avez bien cherché ») ou sa variante (« vous jetez de l’huile sur le feu »), aux réflexions les plus savantes. Ces tribunes d’intellectuels, de sociologues bon ton où tout est bon pour transformer en coupables les victimes et en victimes leurs bourreaux. Tous ceux qui, sans justifier les passages à l’acte, en comprennent les « motivations ».

À tous ceux-là, on leur souhaite de ne pas boire une bière ou un café à une terrasse, de ne pas lire, ne plus rire, ne pas aller au spectacle ou voir un match de foot ; on leur souhaite de ne pas se balader main dans la main en amoureux dans la rue, de promener son chien en laisse, d’écouter de la musique, de jouer avec son gamin au cerf-volant… Autant d’activités subversives, impies, « haram » d’après les visions étriquées et à géométrie variable selon les islamistes de différents pays. Bref, de vivre confinés dans leur vie autant qu’ils le sont dans leur esprit, niant le danger islamiste, refusant d’entrer en résistance contre ce fascisme vert. À ceux-là, on peut juste rappeler ceci : le 4 novembre 2020, à Kaboul, en Afghanistan, des fanatiques de l’État islamique ont pénétré dans une université et ont tué 22 personnes, une par une, majoritairement des étudiants afghans, et en ont blessé au moins 27 autres. L’attaque, dont on ne peut qu’imaginer l’horreur, a duré sept heures.

Du Bataclan à l’Afghanistan, il n’est plus question de caricatures sans foi ni loi, de catholiques zombies selon l’expression d’Emmanuel Todd à propos des manifestants du 11 janvier en hommage à Charlie Hebdo. Il n’est pas question de hussards noirs d’une République laïcarde ou laïciste, comme on a pu l’entendre pour Samuel Paty. Il n’est question que d’hommes et de femmes tués par des fanatiques religieux. Si l’ennemi est depuis longtemps désigné, on sait désormais désigner ceux qui, dans le monde occidental, refusent de nommer les choses : leurs complices. ●
NATACHA DEVANDA, MIS EN LIGNE LE 13 NOVEMBRE 2020

François Dubois, Le Massacre de la Saint-Barthélemy, 1572

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