Samedi 6 mars

« De film en film, le cinéma se dérobe, s’efface, s’échappe. Si bien qu’on n’est plus tout à fait sûr aujourd’hui de savoir à quoi il ressemble. À Hollywood par exemple, un cinéaste, ce n’est plus celui qui met à mal l’idée préétablie de ce que devrait être un film, mais celui qui consolide cette idée tout en y intégrant ses effets de signature. Le cinéma hollywoodien n’innove plus beaucoup depuis un moment, mais il continue de s’imposer partout dans le monde, retranché dans ses certitudes, celles-là mêmes que fustigeait récemment Godard dans le documentaire d’Alain Fleischer, celles qui, contrairement au doute, ne permettent pas d’avancer, mais font régresser. Or une régression, c’est un retour en arrière toujours hanté par son point de recul : le cinéma dans les films hollywoodiens, c’est sous une forme spectrale qu’on le retrouve, dont les effets sont trimballés comme autant de stigmates, d’une image connotée (un coucher de soleil) aux formes expressives (un travelling avant). Faire un film là-bas se réduit maintenant à bricoler avec une grammaire visuelle approximative qui n’est que le reste codifié (et momifié) d’un langage qui autrefois ne cessait de se redéfinir.

C’est précisément là que se situe la régression du cinéma hollywoodien, quand il ne peut plus que satisfaire la pulsion scopique sans alimenter notre désir de rêver, quand est mis à plat tout tenant et tout aboutissant, quand un film se suffit à lui-même. C’est alors qu’il n’a plus besoin de notre regard, qu’il n’a plus de désir, et qu’il n’existe donc pas. »

Bruno Dumont

Maison sur la voie de chemin de fer, Edward Hopper (1925) / Psychose, Alfred Hitchcock (1960)

5 réflexions sur “

  1. Bon jour,
    La vraie création est rare … on recopie, on essaye d’améliorer … quoi qu’il en soit c’est un peu comme les sportifs ils arrivent pour certains sports à la limite des performances de l’humain … (certain d’ailleurs jalouse presque les handisportifs, c’est dire) …
    Max-Louis

    Aimé par 2 personnes

  2. je préfèrerai nettement habiter chez Hopper (surtout si la gare n’est pas loin).
    sinon, Monsieur Dumont n’a pas tort : le modèle digère l’invention…et l’écriture de critique suit la même pente : prendre les oripeaux de la critique suffit souvent à en écrire une !

    Aimé par 1 personne

  3. La création au cinéma existe mais n’est que rarement aidée, soutenue et puis ce cinéma d’auteur n’intéresse plus grand monde. Il est vrai qu’il demande une participation particulière du spectateur trop souvent satisfait désormais de s’en prendre plein les yeux sans se prendre la tête…

    Aimé par 1 personne

  4. Pas mieux que ce précédent commentaire. Toutefois quand on voit que youtube organise des formations pour les vidéastes, on prend peur pour le cinéma. Non sans doute pour son existence mais pour cette nouvelle modélisation, cette unicité en marche depuis longtemps.
    Alors comme pour le langage et la pensée, résistance !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui résistance! Il existe encore un cinéma inventif, ludique, militant, déjanté pour rouler différemment, donner au spectateur de la pensée à moudre, lui permettre de travailler son regard . Il faut remettre le spectateur en marche, en action, en pensée, en paroles devant un film, une photo, un tableau, un poème . Et nos modestes blogs peuvent parfois y contribuer..

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