Vendredi 9 novembre

La lune s’attarde au dessus des collines
& je sens les lueurs des étoiles sous ta peau
Fleur de jacaranda & parfum d’aubépine
Dans cet or de la nuit tes cheveux coulent à flots
Les groseilles boréales & les airelles fauves
Au velours de tes lèvres, humides & licencieuses
Me laissent dans la bouche un goût de folie mauve
Un arôme estival aux couleurs silencieuses


Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres


Vapeurs de canneberge oubliées dans la bruine
& sur les pétroglyphes de tes bleus sanctuaires
L’esprit de la mangrove suit l’ombre de tes djinns
& dézeste les grumes aux subtils estuaires
Ne laisse pas la peur entrouvrir le passage
Obscur & vénéneux, dans l’argent de tes yeux
Mais donne à la lumière tes pensées les plus sages
Pour un instant de calme / de plaisir délicieux


Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres
Annabel Lee
J’ai dans mes récepteurs
Le parfum de ta voix
Annabel Lee
Je te connais par cœur
Sur le bout de mes doigts


Au loin dans la vallée la brume se mélange
Aux pastels de safran, de violette & d’orange
& j’en vois les reflets dans ton regard voilé
Par des réminiscences d’antiques cruautés
Ne laisse pas les mères de vinaigre envahir
Tes pensées, ta mémoire, tes rêves & ton sourire
Chasse au loin ta détresse, laisse entrer le printemps
Le temps de la tendresse & de l’apaisement


Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres
Annabel Lee
J’ai dans mes récepteurs
Le parfum de ta voix
Annabel Lee
Je te connais par cœur
Sur le bout de mes doigts


Source : LyricFind
Paroliers : Jean-Louis Fieve / Hubert-Felix Thiefaine
Paroles de Trois poèmes pour Annabel Lee © Lilith Erotica

Jeudi 8 octobre

« D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent. »
Marcel Duchamp – Epitaphe

Le somnambule bailla et se décrocha la mâchoire qui tomba à ses pieds, il marcha dessus par mégarde et le craquement du maxillaire le réveilla en sursaut.
Ses dents avaient cruellement mordu le pied nu mais il ne put articuler un seul cri, un trou béant ornait maintenant le bas de son visage…
Il prit son pied sanguinolent entre ses mains et ses jambes à son cou mais le sommeil le rattrapa et l’abattit d’un coup sec sur la nuque, les vertèbres cervicales volèrent en éclats.
Il n’eut que le temps de se souvenir des derniers mots entendus, d’une banalité affligeante: « Passe une bonne nuit… »

Ferdinand Hodler, La Nuit, 1889/90

Mercredi 7 octobre

« Je sens parfois, m’éveillant dans la nuit, des mains invisibles qui tissent ma destinée. »
Fernando Pessoa

Sa sortie de prison fut difficile, la nostalgie de sa cellule était trop forte.
Il emporta les barreaux et il se déplace désormais derrière eux, les portant devant lui.
C’est sa grille de lecture du monde.

Gustave Courbet, Portrait de l’artiste à Sainte-Pélagie

Mardi 6 octobre

Nous sommes des marionnettes manipulées par les fils du temps.
Nous l’oublions parfois et faisons quelques pas euphoriques et déliés.
Puis, démantelés, nous cherchons à nous relever, appelant les liens que nous haïssions.


Francisco de Goya, Le pantin, 1791-1792

Lundi 5 octobre

Kono aki wa
Nan de toshiyoru
Kumo ni tori

この秋は
何で年寄る
雲に鳥 

En cet automne
Pourquoi dois-je vieillir?
Oiseau dans les nuages

Matsuo Bashõ

Erwan & Ronan Bouroullec, « Clouds »

Dimanche 4 octobre

Un bon glaçon

J’ai toujours été un bon glaçon.
Désiré ardemment par mes parents, né au pied d’un iceberg, bien au froid, dans sa partie immergée, je grandis entouré de courants froids, de manchots ivres de vent et de poissons argentés.
Un ours bipolaire répondant rarement au nom de Blanchette fut mon seul soutien après la fonte prématurée de mes géniteurs dans un Martini on the rocks du coté de Monaco.
Blanchette souffrait constamment de décalage horaire et de cors aux pieds soigneusement entretenus par ses voyages annuels du pôle nord au pôle sud.
Bien sûr, les esquimaux me battaient froid, les inuits comme les yakoutes, les yupiks comme les aléoutes.
(Je dois à la vérité de préciser que les yakoutes ne sont pas vraiment des esquimaux et vivent en Sibérie, lieu de villégiature de l’hiver.)
Mais n’en parlons plus, n’en disons plus rien, le silence est l’apaneige de la banquise avec la solitude.
Seul, donc, je fus le premier à ressentir les effets du changement climatique. Oui, ce fut moi le lanceur d’alerte du pôle et ce fut l’épaule d’Arlette qui accueillit ma première larme.
Arlette venait du delta du Yukon-Kuskokwim et elle fut mon seul amour, platonique évidemment. Imaginez un glaçon amoureux…
Un jour, Arlette a mis les bouts et je fondis de plus belle. Ce ne fut pas le chagrin mais le réchauffement climatique qui en fut la cause. Arlette revint et fit tout pour me refroidir, me tenir à l’écart, me recouvrir de neige éternelle mais je persistais à disparaître.
Appelée à mon chevet, Blanchette m’emporta plus au nord, là où vivait Paul, mon pote depuis l’ère glaciaire. Paul est un permafrost branché mammouth congelé, c’est dire si j’avais une chance mais même le pergélisol, ( en russe : вечная мерзлота, vetchnaïa merzlota) comme chacun le sait désormais, commença à fondre…
Ne restait plus que la solution désespérée, le voyage vers le pôle sud en compagnie de Blanchette.
(Voir la carte pour les détails, disons que je fus transporté à bord d’une glacière en plastique bleue, et cela dira tout de mon désarroi. )
Un voyage au bout de l’inuit, je sais c’est facile, mais souvenez vous que je rétrécis, je ne suis plus qu’un apéricube moi qui avait la taille d’une armoire à glace, d’un glaçon d’étage, d’un frigo américain.
Blanchette me déposa prés de la chaîne de la reine-Maud, -60° au soleil au cœur du mois d’août, le paradis blanc.
C’est de là que j’écris à Arlette, chaque jour me vois croître, redevenir le grand glaçon que j’étais, le mister freeze, le roi de Tulé, la terreur du bac à glace, surnommé par les esquimaux (il n’y en a pas au pôle sud mais ce récit ne prétend pas à toute la vraisemblance):
Arpiit paurngait iviit urpigaq
Ce qui signifie à peu près « celui qui cambriolait la banquise »

Caspar David Friedrich, La mer de glace

Samedi 3 octobre

Il est d’humeur vitré
Il reste chez lui
Les yeux fermés

Le miroir de la lame
Reflète ses yeux
Chien andalou

Le canard a craqué
Pour la canne blanche
Amour aveugle

Parmesan détail
Parmigianino, San Rocco, détail, 1527

Vendredi 2 octobre

Sous la jupe de cette joueuse, on pouvait voir deux balles neuves qui lui permirent de gagner le double mixte à elle seule.

Les bûcherons feraient d’excellents tennismen s’ils ne coupaient pas autant de balles.

Ferdinand Hodler, Le bûcheron

Jeudi 1er octobre

L’arbitre du haut de sa chaise était le seul à voir arriver la tempête de sable qui recouvre maintenant le court d’un ocre rouge du plus bel effet.

Le saviez-vous? Roland Garros est aussi un lieu réputé pour prévenir le torticolis.

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Mark Rotko, Orange Red and Yellow

Mardi 29 septembre

Ils ont bâché trop vite et recouvert les deux joueuses qui poursuivent leur match mais leurs cris sont plus étouffés.

Fernand Khnopff, Memories (Lawn tennis), 1889