Mercredi 14 octobre

« Je fais vingt ans de moins que mon âge. Quand je dis que je suis mort en 1999, personne ne me croit. »
Eric Chevillard


Un temps à éponger les flaques de ciel noir
Un temps à inhumer les feuilles mortes
Un temps à balayer devant sa tombe

John Virtue, Norfolk n°14, 2009

Lundi 12 octobre

Il multiplie les courbettes viles
S’agenouille à tout propos
Son squelette s’est adapté
Il a les lombaires hypocrites
La rotule complaisante
Le ménisque mesquin

Hongyu Zhang, Salut Rodin 2

Dimanche 11 octobre

Griffonner, rayer, raturer, errer sur la page, stylo abandonné, main lâche, traits aléatoires, mots illisibles, tâches de lettres sans bavoir.
Ecrire? non, tracer, marquer, libéré du sens, de la logique, encrer sans but, sans ligne, sans police…
Allez faire ça sur un clavier.


Ariel Schlesinger, Two Good Reasons, 2009

Samedi 10 octobre

Asséchée par l’été, la rivière attend l’automne
Transporter doucement les feuilles abandonnées
Trembler sous l’averse qui la crible
Frissonner au vent qui la ride
S’arrondir à chaque goutte de pluie
Elle veut simplement couler de source…

Gustave Caillebotte, L’Yerres, effet de pluie, 1875

Vendredi 9 novembre

La lune s’attarde au dessus des collines
& je sens les lueurs des étoiles sous ta peau
Fleur de jacaranda & parfum d’aubépine
Dans cet or de la nuit tes cheveux coulent à flots
Les groseilles boréales & les airelles fauves
Au velours de tes lèvres, humides & licencieuses
Me laissent dans la bouche un goût de folie mauve
Un arôme estival aux couleurs silencieuses


Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres


Vapeurs de canneberge oubliées dans la bruine
& sur les pétroglyphes de tes bleus sanctuaires
L’esprit de la mangrove suit l’ombre de tes djinns
& dézeste les grumes aux subtils estuaires
Ne laisse pas la peur entrouvrir le passage
Obscur & vénéneux, dans l’argent de tes yeux
Mais donne à la lumière tes pensées les plus sages
Pour un instant de calme / de plaisir délicieux


Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres
Annabel Lee
J’ai dans mes récepteurs
Le parfum de ta voix
Annabel Lee
Je te connais par cœur
Sur le bout de mes doigts


Au loin dans la vallée la brume se mélange
Aux pastels de safran, de violette & d’orange
& j’en vois les reflets dans ton regard voilé
Par des réminiscences d’antiques cruautés
Ne laisse pas les mères de vinaigre envahir
Tes pensées, ta mémoire, tes rêves & ton sourire
Chasse au loin ta détresse, laisse entrer le printemps
Le temps de la tendresse & de l’apaisement


Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres
Annabel Lee
J’ai dans mes récepteurs
Le parfum de ta voix
Annabel Lee
Je te connais par cœur
Sur le bout de mes doigts


Source : LyricFind
Paroliers : Jean-Louis Fieve / Hubert-Felix Thiefaine
Paroles de Trois poèmes pour Annabel Lee © Lilith Erotica

Jeudi 8 octobre

« D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent. »
Marcel Duchamp – Epitaphe

Le somnambule bailla et se décrocha la mâchoire qui tomba à ses pieds, il marcha dessus par mégarde et le craquement du maxillaire le réveilla en sursaut.
Ses dents avaient cruellement mordu le pied nu mais il ne put articuler un seul cri, un trou béant ornait maintenant le bas de son visage…
Il prit son pied sanguinolent entre ses mains et ses jambes à son cou mais le sommeil le rattrapa et l’abattit d’un coup sec sur la nuque, les vertèbres cervicales volèrent en éclats.
Il n’eut que le temps de se souvenir des derniers mots entendus, d’une banalité affligeante: « Passe une bonne nuit… »

Ferdinand Hodler, La Nuit, 1889/90

Mercredi 7 octobre

« Je sens parfois, m’éveillant dans la nuit, des mains invisibles qui tissent ma destinée. »
Fernando Pessoa

Sa sortie de prison fut difficile, la nostalgie de sa cellule était trop forte.
Il emporta les barreaux et il se déplace désormais derrière eux, les portant devant lui.
C’est sa grille de lecture du monde.

Gustave Courbet, Portrait de l’artiste à Sainte-Pélagie

Mardi 6 octobre

Nous sommes des marionnettes manipulées par les fils du temps.
Nous l’oublions parfois et faisons quelques pas euphoriques et déliés.
Puis, démantelés, nous cherchons à nous relever, appelant les liens que nous haïssions.


Francisco de Goya, Le pantin, 1791-1792

Lundi 5 octobre

Kono aki wa
Nan de toshiyoru
Kumo ni tori

この秋は
何で年寄る
雲に鳥 

En cet automne
Pourquoi dois-je vieillir?
Oiseau dans les nuages

Matsuo Bashõ

Erwan & Ronan Bouroullec, « Clouds »