Mardi 1er janvier 2019

J’avais envie d’écrire des vœux lumineux, mais l’obscurité de mes pensées était telle que je décidais d’aller y voir de plus prés. Il me suffisait de passer derrière les paupières et le cerveau m’attendait. Je commençais ma tournée par l’hypothalamus, le thalamus puis l’hypophyse, rien de particulier. Un détour par l’hippocampe ne m’apprit rien de plus. Après avoir ainsi enrichi mon orthographe, je finis par dénicher le coupable, le locus niger bien sûr, la substance noire de mes pensées, le coté obscur de mes forces.
Comment éclairer mon esprit et écrire un peu plus léger?
Il est vrai que toute obscurité appelle la lumière, que le jour attends la nuit pour rêver et que la nuit espère le jour pour exister.
Je débouchais enfin sur une substance blanche qui m’évoqua la neige de janvier. Mes pensées s’y reflétaient de façon éclatante et je sus que j’avais trouvé le locus albus de mon cerveau.
Mes vœux pouvaient trouver là matière à penser.
De toute façon, la nouvelle année n’en fera qu’à sa tête, lumineuse et sombre et tout recommencera à finir.

Lundi 31 décembre

« Je dis souvent- mais c’est un appel plutôt qu’une affirmation- que pour lutter contre la transparence généralisée, et totalitaire, que les médias installent sous la forme du consensus, il ne nous reste que l’opacité du poème. Pourquoi? Parce que l’obscur est inconsommable! »

Bernard Noël

 

Le percnoptère tournait juste au-dessus de lui, il l’avait reconnu à son plumage blanc et à ses rémiges noires, impossible de le confondre avec le gypaète barbu à l’envergure plus grande, aux ailes étroites et anguleuses. Il sourit, ce serait donc un vautour qui assisterait à son dernier vol. la voile du parapente frissonnait derrière lui, prête à enfler. Le percnoptère siffla; bien calé dans sa sellette, il s’élança…

 

Oedipus_and_the_Sphinx_1864
Gustave Moreau, Oedipe et le sphinx 

Vendredi 28 décembre

かたつぶり
そろそろ登れ
富士の山

katatsuburi
soro soro nobore
fuji no yama

l’escargot
avec peine escalade
le mont Fuji

Issa

 

escargot

Mercredi 26 décembre

« La philosophie et la bière c’est la même chose, Consommées, elles modifient toutes les perceptions que nous avons du monde. »

Dominique-Joël Beaupré

 

Nous sommes constitués des autres. Comment se construire soi même quand nous portons tant de mondes en nous, tant de passé, tant de passagers clandestins, qui, à notre insu, nous dirigent et nous précipitent dans des aventures dont nous ne maîtrisons rien.

« Si vous n’avez pas composté, veuillez vous rapprocher auprès du contrôleur. » dit la voix féminine dans le TER. Il est vrai qu’il fait très froid ce matin.

 

Pieter_Claesz._007
 Pieter Claesz, Nature morte au verre de bière

Samedi 22 décembre

« Aujourd’hui, alors qu’a commencé autour de nous la grande désincarnation, l’algébrosement, l’épidémie numérique, la mise aux normes de tout, les langues vives – qui se débattent vigoureusement contre la langue unique-totalitaire, contre la plate-langue, horizontale-équivalente, sans paysage et sans histoire- nos langues très vivantes et très charnelles et très impures sont encore le théâtre d’un joyeux recours et d’un corps à corps, d’une dépense soufflée, d’une descente dans un puits ouvert où chaque parlant tombe pour se souvenir de tout. »

Valère Novarina

Vendredi 21 décembre

« Les gens n’ont de charme que par leur folie. Voilà ce qui est difficile à comprendre. Le vrai charme des gens c’est le côté où ils perdent un peu les pédales, c’est le côté où ils ne savent plus très bien où ils en sont. Ça ne veut pas dire qu’ils s’écroulent au contraire, ce sont des gens qui ne s’écroulent pas. Mais, si tu ne saisis pas la petite racine ou le petit grain de folie chez quelqu’un, tu peux pas l’aimer. On est tous un peu déments, et j’ai peur, ou je suis bien content, que le point de démence de quelqu’un ce soit la source même de son charme. »

Gilles Deleuze

 

Une erreur! dés le départ, à l’origine, un vice de fabrication. C’est ça, un gène de travers, pas vraiment cassé, non, juste faussé, inadapté ou pas à sa place, qui aura tout le temps du jeu; un bruit dans la mécanique, un doute sur la fiabilité de la construction. L’obsolescence programmée est notre destin.

L’écrit dit : lis moi si tu le désires, mais si tu me lis, je te lie.
Notre lien ira de pensée à pensée, mon encre séchera dans tes yeux.

 

73872
Fernand Léger, Eléments mécaniques

 

Jeudi 20 décembre

« Le problème n’est plus d’amener les gens à s’exprimer mais de fournir des petits moments de solitude et de silence dans lesquels ils peuvent trouver quelque chose à dire. Les forces d’oppression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Quel soulagement que de n’avoir rien à dire, le droit de ne rien dire, parce que seulement à ce moment il devient possible de saisir cette chose rare et toujours plus rare : ce qui vaut la peine d’être dit. »

Gilles Deleuze

 

Les fauteuils vides tendaient leurs bras morts à des fantômes silencieux qui venaient s’y asseoir avec une lenteur exaspérante et théâtrale.

La musique, alors, s’élevait; des cordes uniquement, qui vous attachaient l’âme le temps de l’exécution.

 

Harlequin-and-Pierrot--1924--Andre-Derain
André Derain, Arlequin et Pierrot

 

Mercredi 19 décembre

« Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu’au corps. »

Antonin Artaud

 

Le grand mouchoir à carreaux bien plié que nous glissions dans notre poche les matins d’hiver. Quelques heures après, le sortir, une fois de plus, et chercher un coin de tissus encore vierge de morve. Le mouchoir se transformait peu à peu en une sorte de chiffon, cartonné par endroit, humide à d’autres; à la géographie douteuse et aux couleurs improbables.

Celui qui n’a connu que les mouchoirs en papier ne sait pas ce que signifie être enrhumé…

 

art-francis-bacon-autoportrait1
Francis Bacon, Autoportrait

Mardi 18 décembre

« Il s’émerveillait de s’apercevoir que les chats avaient la peau percée de deux trous, justement à la place des yeux. »

Lichtenberg

 

La chanteuse est sur le retour mais elle n’est pas pressée de rentrer et se succèdent les succés surannés devant un parterre de grabataires conquis mais peu enclins à chanter ou à danser. Allez savoir pourquoi.

C’est au pied de la murette qu’on voit le colimaçon.

 

41206019
Thomas Gainsborough, Etudes de chats

lundi 16 décembre

« J’ai perdu mes deux bras dans un accident me confia-t-il. On s’y fait, comme à toute chose. Vous savez, le plus pénible pour un manchot, c’est plutôt d’être continuellement confondu avec le pingouin. »

Eric Chevillard

 

Sous l’érable, dort un lapin.

Brouillons les pistes. Je laisse désormais derrière moi un nuage de fumée noire et de larges traces de gomme sur le bitume avant de pédaler en trombe…

 

11-551551
Fernand Léger, Le cirque