Jeudi 10 juin

Cauchemar

Pour le moment, il ne se réveille pas.
Il poursuit ses fantômes, il se vautre dans la chaleur des images que fabrique la nuit.
Il y tient, il s’y accroche.
C’est ce rêve là qu’il veut poursuivre, en connaître la fin.
Il peut presque maintenant contrôler ce qui se passe, entamer un dialogue avec cet inconnu curieusement familier.
il sait que cette phrase existe, il l’a prononcée, mais pas là, pas pour cette personne, pas dans cette pièce dont il voudrait maintenant partir, la porte surgie de l’enfance devrait s’ouvrir, quelque chose s’y oppose.
Il insiste, soudain l’ouverture brusque, violente.
Une forme sombre, sans visage, sans contour, sans paroles, se tient derrière.
Il hurle, il sait que le son franchit ses lèvres, que son cri est hors de sa nuit.
Il ne se réveille pas, pas encore.
Puis le monde des images fait effraction dans celui de la chambre.
Il est rejeté, expulsé du passé dans la pénombre familière.
Le quotidien s’abat sur lui.
C’est fini.

Johann Heinrich Füssli, The Nightmare, 1781

Samedi 29 mai

Rediffusion du 5 mai 2020, tant il est vrai que le jour d’après persiste à s’éloigner,
devenant le jour d’à peu près…

Le jour d’après

Prendront fin un jour ces mois de distanciation, d’évitement, de contorsions savantes qui n’aurons plus de secret pour nous.
Nous jouions des coudes, ondulions des hanches et montrions nos profils égyptiens sur les trottoirs et le long des couloirs.
Durant des semaines, l’autre était le porteur potentiel, le vaurien au virus, le confiné qu’on finit par ne plus supporter. Nous le croisions la tête basse, les mains dans le dos et les pas chassés.
C’est ce même autre que nous croiserons à nouveau, bardé de certificats d’immunité et de vaccination, mains ou lèvres tendues, avide de contact, de peau nette et de chaleur humaine.
Et là, catastrophe, oublis regrettables, amnésie sociale et dyspraxie relationnelle.
Nos mains se chercheront en vain, hésitantes, battantes, papillons affolés multipliant les erreurs de parallaxe, empoignant du vide, serrant et étouffant de l’air qui ne nous manque plus.
Nos bises prendront des vents, se déposant partout sauf sur les joues ou alors par hasard, baisers fortuits et furtifs à la fois, bouche-à-bouche soudains, dus seulement à la maladresse ou rappels inconscients du souffle qui a manqué à tant d’entre nous.
Nos tête-à-tête ne seront que plaies et bosses, nos face-à-face, combats de boxe.
Nous n’éviterons plus rien du corps de l’autre, double inconnu, oublié, avatar et hologramme pendant des mois, devenant réel tout à coup.
Ce ne seront que corps-obstacles à nos mouvements jusque là libres et amples. Nous dansions sur les trottoirs, chantions sous la pluie et voilà que l’autre et son opacité, sa densité charnelle, son corps encombrant est de retour.
Des mois de déconditionnement commencent; nous en sortirons plus forts, moins confinés, plus proches, retrouvant peu à peu cette promiscuité salvatrice, cet échange bactérien convivial, ces contacts sociaux si sains, prêts à nous épouiller s’il le faut.
Ainsi redevenus grands singes, primates arboricoles, nous retournerons à la nature nous ébattre avec les pangolins et les pipistrelles.

Gabriel Cornélius von Max, Singes critiques d’art, 1889

Dimanche 23 mai

Un bruit ébrange et teau

Un bruit, c’est laid comme tous les bruits, un beau bruit ça n’existe pas
Comme une poire qui pousse sur un vélo, une île plantée de cyclos
Ils feraient un bruit de roues comme des éoliennes
Un bruit de roues de vélo sur le dos qui tournent, c’est comme un vent léger, Une musique de rayons, un beau son
Un bruit reste un bruit, bruyant donc discordant, un tintamarre
Ou alors c’est une mélodie étrange et belle
Ou un bruit choisi, décidé, dessiné comme des notes de musique, comme une bulle de BD
Tout est possible alors
Le cyclo pousse déglingué, hurlant des freins, écrase des poires, elles font Splash !, Smash ! Chlouf !
Le poirier tombe dans un fracas magnifique
l’île sort de l’océan dans un vacarme de début de monde
Le vent sur une île des Cyclades
Le bruit improbable d’un poirier qui pousse
Serait très étrange et très beau

Mais qui pour l’entendre ?

Pour l’Agenda Ironique de Mai proposé par Laurence Délis

https://wordpress.com/read/feeds/16819692

Samedi 8 mai

J’ai toujours paru plus jeune que je ne l’étais réellement.
A cinq ans, on me donnait à peine six mois et je me réjouis à l’idée que personne ne croira à mes cent vingt ans quand je franchirai d’un bond les cinq marches de l’EHPAD pour courir mes vingt kilomètres quotidiens en sifflotant Eye of the Tiger.


Mercredi 5 mai

Nous sommes de toute façon conçus pour aller de l’avant sinon nous aurions des yeux derrière la tête, au moins un pied tourné vers l’arrière et un tourne dos.
Le passé nous mord les talons, l’avenir danse devant nos yeux, le présent est posé sur le bout de notre nez.


Pablo Picasso, L’acrobate bleu, 1929

Captures

Résultats officiels A.I. Avril

Texte préféré, 38 votes

Kisikole, 18 votes

Merci à toutes et à tous de vos participations, contributions, votes, lectures et commentaires.

Dimanche 2 mai

Les résultats viennent de tomber!
ça tombe bien, le mois d’avril est déjà du passé.
Pour les détails des votes, merci de consulter les deux posts précédents.

En résumé, c’est Carnet paresseux qui recueille le plus de suffrages pour ses trois petites pommes qui font allusion au tableau de Courbet.
C’est Hopper et son Chop Suey qui a été le plus souvent commenté, parlé, détourné…

Pour le mois de mai, c’est Palette d’expressions qui est sollicitée et qui devra préciser si elle accepte d’héberger l’A.I. pour ce mois de liberté.

P.S.
Il semble que les résultats refusent de s’afficher correctement, si le problème persiste malgré tous mes efforts pour comprendre les méandres de fonctionnement de Word Press (je frôle le burn out), je capturerai l’écran de résultats et le relacherai ici même.

Samedi 1er mai

Et voici les tableaux tant attendus, à noter une contribution de dernière minute dont voici le lien:

Se dire les choses
Emmanuel Glais
https://emmanuelglais.blogspot.com/2021/04/se-dire-les-choses.html

Le tableau de choix du rédacteur de mai est sous presse et suivra dans quelques minutes, nous sommes le 1er mai, tout cela demande du travail!
Je n’ai pu modifier la présentation très verticale du tableau, reste à espérer que cela fonctionne ! je doute que l’on puisse effectuer des choix multiples.