Lundi 9 novembre

« L’ultime raison du besoin de tout photographier réside dans la logique même de la consommation. Consommer c’est brûler, épuiser, et donc avoir besoin de refaire le plein. En même temps que nous fabriquons et consommons d’avantage d’images, nous ressentons le besoin d’en avoir encore plus.
Mais les images ne sont pas un trésor dont on ne pourrait s’emparer qu’au prix d’une mise à sac du monde: elles sont précisément ce qui est à notre disposition où que tombe notre regard.
La possession d’un appareil photo peut nous inspirer quelque chose d’assez voisin du désir, elle ne peut pas connaître de satisfaction: d’abord, parce que les possibilités de la photographie sont sans fin et ensuite parce qu’il s’agit d’une entreprise autodestructrice. Les tentatives des photographes pour redonner du tonus à un sentiment appauvri de la réalité ne font que l’appauvrir davantage.
Notre sentiment oppressant de la mutabilité de toute chose s’est exacerbé depuis que les appareils photo nous ont donné le moyen de “fixer” l’instant fugitif. Nous consommons des images sur un rythme sans cesse accéléré et, comme Balzac soupçonnait l’appareil d’épuiser les couches corporelles, les images consomment la réalité.
L’appareil photo est à la fois l’antidote et le mal, un moyen de s’approprier le réel tout en le rendant caduc. Les pouvoirs de la photographie ont bel et bien détruit la dimension platonicienne de notre compréhension de la réalité, rendant de moins en moins plausible la réflexion sur notre expérience en termes d’oppositions entre image et chose, copie et original. »
Susan Sontag, sur la photographie

« Dans notre société, à mesure que les femmes vieillissent et arrivent à mon âge, et au-delà, elles deviennent invisibles, constate la photographe. J’ai aimé l’idée de forcer les gens à regarder une femme de 65 ans en m’insérant dans une image classique ».
Laura Hofstadter

Laura Hofstadter, La Joconde, de Leonard De Vinci Vs After De Vinci

Laura Hofstadter, Le cri, d’Edvard Munch Vs After Munch

Laura Hofstadter, La jeune fille à la perle de Johannes Vermeer Vs After Vermeer

Une réflexion sur “

  1. Votre post est délicat. J’ai commencé à être photographiée à 49 bis bis (j’en ai maintenant 102, riche d’un double étonnant).
    Vivent les Laura et autre Laure combatives sympathiques.

    Aimé par 1 personne

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